deneb-tala was here : Die Lange Nacht der elektronischen Musik, Dampfzentrale, Bern, le 6 Juillet 2012 (FR)

Deneb Tala: Pour le concert de Maja Ratkje, pas de chaises. On sera tous debout, comme dans un concert de rock (ou assis par terre, comme dans un concert de Nadja). Maja Ratkje est un petite femme toute menue, avec un joli visage un peu espiègle et paraissant attentif à tout ce qui se passe autour d’elle. Sa table est caractéristique : d’abord, un laptop, un sampler, un clavier maître, ce pourrait être n’importe qui, mais lorsqu’on aperçoit un harmonica, un espèce de moulin qui fait gling-gling pour les enfants, une profusion de micros contact qui jonchent la table et l’inévitable dictaphone, on n’a plus de doute sur qui on a affaire. Ce soir, elle a aussi un Grendel Drone Commander (cette magnifique drone machine que j’avais déjà vu dans les mains de Frederic Arbour lors du concert d’Aun en avril dernier) branché dans un gros ampli. Le concert se déroule exactement comme celui que j’avais vu il y a presque deux ans, dans l’esprit de Voice, Stalker ou Cyborgic, c’est à dire voix seule et électronique. Il commence de manière très curieuse, Maja Ratkje semble indécise, elle lance des attaques de dictaphone, a l’air d’hésiter sur le prochain son qu’elle produira ; le temps de choisir, elle met un micro contact dans sa bouche (carrément), amplifiant claquements de dents, borborygmes et chuchotements. La masse s’organise peu à peu pour donner lieu à un festival de déflagrations noise complètement délirant. Le travail de sample/loop est important, cependant, à l’inverse de, par exemple, Void Ov Voices (pour rester dans la thématique « voix seule ») ou de n’importe lequel des musiciens adeptes de la mode « tout seul sur scène avec un RC-20″, les boucles sont complètement instables, elle se télescopent de manière joyeusement erratique. Elle tambourine sur son sampler de manière apparemment spontanée, tout en éructant dans son micro. Le Grendel Drone Commander produit des caricatures grinçantes de rythmes statiques, histoire d’en rajouter dans le bordel. Maja Ratkje tripatouille ses machins qui font du bruit, ça vrombit dans un sens, ça couine dans l’autre ; les gargouillements succèdent à des hurlements terrifiants. La prestation est, cette fois, grisante et totalement euphorique. C’est là la force de la musique de Maja Ratkje : violente, agressive, ultra saturée mais indéniablement positive, voire joyeuse. C’est avec un énorme sourire qu’on vient se faire submerger par le torrent de sons. Le concert s’achève avec une petite chanson accompagnée à l’harmonica. Elle se balade ensuite dans la salle, on peut discuter avec elle. On échange quelques propos, elle me demande spontanément si je fais de la musique, je lui achète une collaboration brut de décoffrage avec Lasse Marhaug et Paal Nilssen-Love et le dernier (double) disque de Fe-Mail, Blixter Toad, sur la pochette duquel elle et sa comparse Hild-Sofie Tafjord apparaissent déguisées en grenouilles à l’aide d’un pull à col roulé et d’une grosse paire de lunettes de soleil : encore une fois l’humour est décapant. Le disque l’est aussi et confirme que cette formation est une des plus ahurissante de la scène noise actuelle, se contrefoutant tellement des conventions qu’elle ne prend même pas la peine de les détourner. C’est un chef d’oeuvre.

published 24th of July 2012.
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